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[RETOUR] Christian
Sylvie, une amie, m’a raconté un fait étrange - jugé un peu comme une folie, une obsession – vécue par son père, Christian, récemment décédé. Un jour, Christian est revenu de son travail totalement paniqué : «Il y a une tache noire totalement inexplicable sur mon pantalon, sur ma fesse droite, une tache d’un noir de suie, d’un noir absolu, maléfique, terrifiant.» En quittant son pantalon, il s’aperçut que cette tache se reproduisait à l’identique sur la doublure de sa poche revolver, sur son caleçon et sur sa peau. Il prit peur. La marque sur le caleçon, malgré plusieurs lavages, ne s’atténua pas. Christian refusa que l’on touche à ce pantalon. Il le mit tel que dans une boîte de métal, un coffre renforcé, blindé. Puis il brûla ce caleçon. |
Sur son corps, après une première disparition au
lavage, la marque finie par revenir. Il y vit la confirmation qu’il
s’agissait bien là d’une marque diabolique.
Redevenu très croyant, il se confia à un prêtre,
ami d’enfance, qui haussa un peu les épaules, qui essaya
de le calmer. Il lui dit qu’il avait du s’asseoir sur
quelque chose de sale dans l’autobus, que le diable n’avait
certainement rien à voir dans tout ça. «Mais la
marque, la marque sur la peau ! Puisqu’elle est revenue !»
- «Mais elle est partie, maintenant !». Le curé,
toujours incrédule, finit par lui conseiller d’aller
voir un dermatologue. Celui-ci diagnostiqua une pigmentation locale
et bénigne de la peau, sans raison apparente. Christian après
avoir déclaré à qui voulait l’entendre que
ce dermatologue était possédé par Satan ne
reparla plus de cette histoire à sa famille et le pantalon
disparut. Christian ne fut pourtant, plus jamais le même. Il
perdit sa gaieté, son humour et en fait son goût pour la
vie. Il perdit aussi son travail, sombra dans une dépression
et une paranoïa intense. Il fut régulièrement
ramassé par la police en train de haranguer les passants pour
leur apprendre à reconnaître la marque de l’enfer,
la marque de l’apocalypse. Il racontait son histoire en leur
montrant l’emplacement «choisi», en insistant sur
le fait que c’était une autre preuve de l’influence
de l'Antéchrist et que les rires qui accueillaient ses
prophéties et ses déculottages étaient une autre
confirmation de la présence du démon. Il fut interné
plusieurs fois en hôpital psychiatrique et se retrouva envahi
de médications multiples, des neuroleptiques aux exorcismes
divers, catholiques, vaudous ou chamanistes. Il ne dormait presque
plus et avait rempli sa chambre de crucifix, de médailles
miraculeuses et d’images pieuses. Cinq ans plus tard, sur sa
fesse droite, la tache réapparue. Cette fois ci en relief,
genre excroissance brune pas vraiment honnête. Malgré
les supplications de sa femme et de ses enfants, il ne voulut pas
consulter de dermatologue – tous suppôts de Belzébuth
– et se décida pour le jeûne, la prière et
les bains de siège à l’eau bénite. Le
«grain de beauté» large et dégénéré
ne fit que profiter. Peu de temps après, il fut hospitalisé
pour des problèmes au foie et au pancréas. Les médecins
furent horrifiés par l’énorme mélanome
malin qui prospérait sur sa fesse. Ses problèmes de
foie et de diabète étaient dus à des métastases
provenant de son cancer de la peau. Il s’opposa de toutes ses
forces à l’ablation de «sa tache» (sa
tâche ?). Sans grand espoir, une chimiothérapie fut
décidée qui, sans la suppression de la source des
métastases, n’eut que très peu d’effet. Les
médecins insistaient tous les jours pour que Christian accepte
enfin cette opération vitale. Mais celui-ci, gardant ce même
air buté, refusa que quiconque touche à la «marque»
jusqu’à la fin.
Ce n’est qu’au cours de son enterrement, que son ami prêtre révéla l’existence d’un coffre dans une banque, dont il détenait le numéro et qu’il ne devait confier à ses héritiers (en fait, mon amie et ses frères), qu’après sa mort. Il révéla également que Christian l’avait supplié au nom de leur amitié de bénir chaque semaine sept caleçons qu’il lui amenait propres et repassés. Mon amie, intriguée, se rend à la banque, découvre dans le coffre le coffret métallique, doublé de plomb, contenant le pantalon taché. Accompagnant le coffret, elle trouve une lettre ordonnant que cet objet ne devait ni être enterré ni être brûlé sans risquer d’attirer le démon contenu à l’intérieur, que le mieux était de les laisser dans ce coffre ou de les faire exorciser par l’exorciste réellement très puissant qu’il avait cherché toutes ces années et n’avait jamais trouvé. Sylvie plongea sa main avec un peu d’appréhension dans la poche tachée et y trouva un stylo bille cassé et desséché. Ce pantalon, elle me l’a donné. |