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Il pose les questions, donne
les réponses, se rudoie, s'engueule,
pleure, demande pardon... Et il est nombreux dans sa conversation.
-
Ta gueule ! T’as
jamais eu d’enfant, t’as 27 ans, t’en parais 40,
tu picole depuis que t’en as 12, t’es plus moche qu’un morpion
et t’es aussi collant ! Et puis, tu pue, Dédé !
-
D'accord, je suis un
rebut ! Il n'y a plus que mon cadavre pour être encore
d'une quelconque utilité ! Je fais
don de mon corps à la science !
-
Mais
la science n'en veut pas de ton corps, Dédé !
Il est déjà en état de décomposition
avancée ! Même la science !
-
Ah, ouais ? Bon,
alors, je fais don de mon corps à l'agriculture ! Ou
mieux, à la pisciculture ! Finir en farine animale !
En saumon fumé chez Leclerc !
Bouffé à Noël puis chié ou vomi quelques
heures plus tard, c'est un destin grandiose, finalement. Hi, hi, hi,
hu, hu, heeeurk...
-
C'est vrai qu'il n'y a
plus guère que la provoc «caca»
dans ton fourbi de discours. T'es un raté intégral,
Dédé. L'existence humaine n'est sans doute qu'un
incident, qu'une sale maladie... Mais toi Dédé, tu
n'est qu'une conséquence puante de cette maladie honteuse. Tu
n'est qu'une diarrhée.
-
Personne ne m'a jamais
écouter, personne ne m'a jamais compris (il pleure), Il n'y a
que Clovis ! Mon fils ! Lui me respectera, ce sera un
homme formidable ! Il me vengera de vous tous ! Il sera
super riche, super intelligent et il saura combien, moi aussi, je
suis quelqu'un de bien, de super important ! Bande de cons !
Bande d'aveugles ! Vous allez en chier ! Quand Clovis vous
aura bien piétiné comme vous le faites pour moi, vous
pleurerez, vous aussi ! Mais vous en demanderez encore !
Et moi je vous piétinerai avec lui. Je décrotterai mes
chaussures sur vous ! Je pisserai sur vous !
-
Faudrait déjà
lui trouver une mère, à Clovis ! Une genre «pas
dégoûtée», une amoureuse des causes
perdues ou une d'un genre un peu tordu, une «qui aime ça»,
le sale, la merde et le vomis... Où alors ce sera une
pochtronne, comme toi. Et là, avec les deux intoxications
profondes de ses géniteurs... il aura plutôt une drôle
de gueule, le Clovis !
-
Oh, la fermes, toi !
Quand j'veux, j'y trouve sa mère, moi, à Clovis !
Quand j'veux !
Il retire le vieux sac à
dos tout sale, tout pourri, qu'il portait, le jette par-terre. Il
lèche sa main et se la passe dans des cheveux sales et gras.
-
Eh, M'dame, vous voulez
pas devenir la mère de mon gamin ? Tu verras, il est
super, Clovis. Il sais déjà lire ! C'est dire !
La dame, horrifiée,
cherche du regard, un soutien, un secours...
-
Tu vois ! Tu lui
fais peur à la dame ! Gros nul !
-
C'est pas de ma faute
si je suis une merde ! Personne me voit ! Personne
m'entend ! (il pleure)
-
Pour ça, ne
t'inquiète pas, on ne risque pas de ne pas t'entendre... À
part les sourds, peut-être, mais il faudrait qu'ils aient, en
plus, le nez sacrément bouché parce que, pffuiii !
C'est difficile de ne pas te remarquer !
-
Tout
le monde est méchant avec moi (il pleure toujours). Clovis,
lui au moins, il me comprendra. Il est pas con, tu sais, il a fait
des études, des voyages, il parle dix huit langues ! Il
a trois doctorats et une grosse bagnole ! Il prend quatre
douches par jours et il change de fringues à chaque fois, il
en a plein. Il fait du sport, il est super baraqué ! Il
est champion de Karaté et champion de pétanque !...
Eh ! Rigoles ! Rigoles ! C'est pas facile de bien
jouer à la pétanque ! Et puis, il jouera au golf,
aussi...
You know I can
be found,
sitting home all
alone,
If you
can't come
around, at least
please telephone.
Don't
be cruel to a heart
that's true.
Baby,
if I made you mad
for something I might
have said,
Please,
let's forget the
past, the future looks bright
ahead,
Don't be cruel to a heart that's
true.
I don't want
no other love,
Baby it's
just you I'm
thinking of.
Don't
stop thinking of me, don't make me feel this way,
Come on over
here and love me, you know what I want you to say.
Don't be cruel
to a heart that's true.
Why should we be apart?
I really love
you baby, cross my heart.
Let's walk up to the preacher and
let us say I do,
Then you'll know you have me, and I'll know I'll
have you too,
Don't be cruel to a heart that's true.
I don't
want no other love,
Baby it's just you I'm thinking of.
Don't
be cruel to a heart that's true.
Don't be cruel to a heart that's
true.
I don't want no other love,
Baby it's just you I'm
thinking of...
-
STOOOP !!!
Et puis, oh !! Parles français ! Tu veux ! On
comprend rien à ton charabia ! Je suis sûr que tu
ne piges même pas ce que tu brailles !
-
Si, je sais, d'abord !
C'est Clovis qui m'apprendra ! Et
puis sa mère, elle sera pianiste virtuose...
-
Hé,
Dédé ! Tu ne connais même pas le sens des
mots que tu utilises !
-
Si, d'abord ! Elle
sera pianiste virtuose, premier prix de conservatoire, en plus !
Elle sera très riche, très belle et moi je serai son
manager et moi aussi je serai très riche. Clovis sera
champion de boxe et de tennis, il sera très célèbre
et je serai son agent, il faudra que je le protège, que je
protège sa vie privée ! C'est la chair de ma
chair, tu comprends... Vedette de la chanson, aussi...
Just
a perfect day
Drink
sangria in a park
And
then later
When
it gets dark we
go home
Just a perfect day
Feed
animals in the zoo
And then later a
movie, too
And
then home
Oh its such
a perfect day
I'm glad I spend
itwith you
Oh such a perfect day you
just keep me hangin
on
you just keep me hangin on
-
Dédé, ta
gueule !
-
... Just a perfect
day
Problems are left
to know
Weekanders all night
long
Its such fun
Just
a perfect day
You make me forget myself
I
thought I was
someone else
Someone
good
Oh its such a perfect day
I'm
glad I spend itwith you
Oh such a perfect day you just keep me
hangin on
you just keep me hangin on
-
Dédééé !
Y'a des keuf !
-
Monsieur, veuillez nous
suivre, cette dame vient de nous dire que vous l'avez agressé
verbalement...
-
C'est pas moi, c'est
Dédé !
-
Cette dame vous a
désigné formellement, Monsieur, et il y a de nombreux
témoins...
-
Quel chiasse ce Dédé !
Il fout la merde et y se casse, tranquille... Et puis il y a son
copain, là... Un étranger, Monsieur l'agent, qui
chante faux des paroles qu'on comprend rien... Il s'est barré
aussi cet enfoiré... Moi j'essayais juste de les calmer, je
vous jure... Et le comble, c'est que c'est moi qui va avoir les
emmerdes. Comprenez moi, Monsieur l'agent, c'est chaque fois la même
chose, c'est vraiment une injustice...
-
Ce que je comprends,
c'est que vous allez déjà aller passer quelques heures
en cellule de dégrisement... Crrrrcrrdung, allô, oui,
allô !! Ouais ! Bon, j'ai un type là,
complètement cuit qui fait du scandale sur le quai et qui n'a
pas l'air de se calmer... CrrcZruuuucrr, Ouais, alors j'aurais
besoin que tu m'envoie Jean-Claude et Patrick, on sera pas trop de
trois... D'accord...
-
Mais je ne suis pas
saoul ! Je ne suis pas saoul ! C'est Dédé et
ses copains qui s'enfilent des bières depuis... heuu, depuis
plusieurs jours en tout cas ! C'est eux qui foutent le bordel !
Qui sont saouls ! C'est eux qu'il faut poursuivre !.. Ah
zut, là, je crois que j'ai chié dans mon froc...
-
Restez calme, Monsieur.
Mes collègues vont arriver. Nous allons vous
emmener avec nous. Il faut arrêter de faire du scandale comme
ça, ça dérange les autres voyageurs...
-
Vous savez, le fils de
Dédé, c'est pas n'importe qui ! Il est champion
de Karaté ! Il connaît plein de monde, il est
super riche, Clovis, il s'appelle...
-
Ah, Patrick,
Jean-Claude, le suspect là, il faut vite l'embarquer. Il
casse les couille à tout le monde, il pue comme un élevage
de cochons sales, il est bourré comme un préposé
des postes et il gueule comme un veau.
Allez, Monsieur, c'est
parti...
On entend le bonhomme
hurler tout au long des couloirs où on l'entraîne.
-
Pourquoi c'est toujours
moi qui se retrouve en taule. Dédéééé !
Enculé ! Je suis sûr que t'es planqué dans
un coin avec tes potes et que tu te marre... Que tu te fous de ma
gueule ! Dégueulasse ! Hééé !
Toi ! La pétasse qu'a appelé les flics !
Ouais, toi ! T'as beau être un premier prix de
conservatoire ! Ben ton piano, tu peux te l'mettre au cul,
t'entend ! Et profond !
-
Bon, maintenant,
machin, tu te calmes !
-
Aiiie ! Mais,
heu !!!
«...»
Les usagers se détendent
peu à peu. Mais ils baissent la tête. Personne n'ose
regarder personne. Heureusement, le métro arrive.
Je ramasse le vieux sac
à dos. Il est très crasseux mais il est vide. Les
poches aussi. D'ailleurs, il n'a pas de fond. Je le récupère.
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