Mon amie Malika est aide-soignante. Elle a travaillé dans des structures diverses : hôpitaux, maisons de retraite, maisons de repos... La rencontre que je vais rapportée ici, s'est produite dans un «hôpital psychiatrique/service gériatrie» de Lille. Un de ces lieux qui n'existe pas, un de ces lieux de plus en plus indispensable pourtant, jamais évoqué, nié, qui demeure «par défaut», tant mal que mal. Les papys, les mamies, embrouillés dans
leur tête mais pétant de santé. Tout vieux, tout branques, ils ont besoin d'une présence permanente, d'une aide
de chaque instant.
Cette vielle dame, s'obstine à emmailloter une citrouille dans un vêtement pour enfant en attendant qu'elle se transforme en prince charmant. Elle pique tout le monde avec une aiguille à tricoter en espérant avoir piqué la bonne personne pour qu'elle s'endorme pendant cent ans et qu’à minuit la citrouille se transforme en crapaud puis qu’avec un baiser, le crapaud devienne un bébé - C'est pour ça qu'elle l'emmaillote - un bébé prince charmant et magicien qui lui rendra sa jeunesse, sa beauté, qui, une fois grand, l’épousera et l’emmènera dans son royaume lointain.
Elle appelle sa citrouille «Lancelot».
cage
grosse cage à l'envers
[RETOUR]
(Égaré . le fils)
Lancelot
grosse cage
Dans l’hôpital, elle sème des petits cailloux ou des miettes de pain partout, à la grande colère des aides-soignantes qu'elle appelle des «corbeaux» puisqu'avec leur balais, elles «picorent» et font disparaître les miettes de pain et que c'est pour ça qu'elle ne retrouve jamais le chemin de sa chambre. Ces petits cailloux, ces miettes sont là aussi pour égarer l’ogre et la fée Carabosse qui adorent la soupe au potiron, surtout quand ceux ci doivent devenir des enfants. Elle s'enferme dans sa chambre et accumule tout ce qu'elle peut derrière sa porte : fauteuil, table de nuit, bassin... Il faut déployer beaucoup de persuasion pour qu'elle accepte le fait que les personnes derrières la porte, ne sont ni le Loup, ni l'ogre, ni la sorcière de Blanche Neige, ni celle de Hansel et Gretel, ni la fée Carabosse, ni Alain Madelin. Malika a réussi, un jour, à persuader la vielle dame de lui échanger le vêtement de bébé répugnant de crasse, contre un autre, propre, en lui disant que Lancelot préférera, sans doute, être à l’aise dans des habits «douillets», plutôt que tout collants. Avec méfiance, la vielle dame a accepté. Malika, connaissant mon travail sur les peintécritures, m'a donné ce vêtement de bébé, après m'avoir raconté cette histoire.
Quand au menu il y avait des haricots en grain, c'était l'horreur. Elle vidait son assiette dans ses poches et essayait de planter des haricots partout. Dans les pots de plantes vertes, bien sur, mais aussi sous les oreillers de toutes les chambres, dans les chaussures et les poches des vêtements de tout le monde, dans la bouche ou les narines des autres pensionnaires quand ils s'endormaient, derrière les tableaux et les posters, accrochés là pour tenter d'égayer un peu les murs uniformes de l'hôpital... Elle racontait que les haricots allaient peut-être germer, se transformer en arbre gigantesque qui traverserait le plafond, puis monterait jusqu'au ciel, jusqu'à la maison de trois ours où elle pourrait manger le contenu des trois bols. Elle ne savait pas ce qu'il y aurait dedans mais ça serait toujours meilleurs goût que tous ces haricots en grain dont elle avait horreur ! Qui lui provoquaient des flatulences répugnantes, et même que tout le monde le sait ! Même que tout le monde s'en fout ! Un des médecins finit par lui signer un certificat d'allergie absolue aux haricots en grain, transmis aussitôt en cuisine.
Dès son réveil, elle va embrasser la citrouille.
«Bonjour Lancelot, as tu bien dormi ? Tu ne l'as pas fait, le vilain cauchemar ?» Et elle fit brûler une première allumette. Quelle flamme merveilleuse c'était ! Il sembla tout à coup à la vielle dame qu'elle se trouvait devant un grand poêle en fonte, décoré d'ornements en cuivre. Elle allait étendre ses pieds pour les réchauffer, lorsque la petite flamme s'éteignit brusquement : le poêle disparut, et elle restait là, tenant en main un petit morceau de bois à moitié brûlé. Le pauvre Pinocchio, qui était encore ensommeillé, ne s’était pas rendu compte que ses pieds étaient brûlés. Quand il entendit la voix de son père, il sauta de son tabouret pour lui ouvrir mais, après avoir titubé deux ou trois fois, il tomba de tout son long sur le sol. Et, en tombant, il fit autant de vacarme qu’une batterie de cuisine dégringolant du cinquième étage.
- Ouvrez cette porte ! lui criait le docteur dans le couloir.
- Mais, docteur, je ne peux pas ! lui répondait la vielle dame en pleurant et en se roulant par terre.
- Pourquoi ne pouvez-vous pas ?
- On m’a mangé les pieds.
- Et qui donc vous les a mangés ?
Pinocchio regardait le chat qui s’amusait à pousser des copeaux avec ses pattes :
- C’est le chat ! inventa-t-elle
- Ne vous affligez point, mon maître, vous n'avez qu'à me donner un sac, et me faire faire une paire de bottes pour aller dans les broussailles, et vous verrez que vous n'êtes pas si mal partagé que vous croyez». «Hein ?» fit le docteur. Lorsque le chat eut ce qu'il avait demandé, il se botta bravement et, mettant son sac à son cou, il en prit les cordons avec ses deux pattes de devant, et s'en alla dans une garenne où il y avait grand nombre de lapins. Il mit du son et des lasserons dans son sac, et s'étendant comme s'il eût été mort, il attendit que quelque jeune lapin peu instruit encore des ruses de ce monde, vint se fourrer dans son sac pour manger ce qu'il y avait mis. A peine fut-il couché, qu'il eut satisfaction : «Je voudrais bien... je voudrais bien...» Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever. Sa marraine, qui était fée, lui dit : «Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ? «Hélas oui» dit Cendrillon en soupirant. «Hé bien, seras-tu bonne fille ?» dit sa marraine, je t'y ferai aller. Elle la mena dans sa chambre, et lui dit : «Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille.»
- Lancelot ! Non !
Un jeune étourdi de lapin entra dans son sac, et le maître chat tirant aussitôt les cordons le prit et le tua sans miséricorde. Tout fier de sa proie, il s'en alla chez le roi et demanda à lui parler. On le fit monter à l'appartement de sa majesté où, étant entré il fit une grande révérence au roi, et lui dit : - Voilà, sire, un lapin de garenne que Messire Lancelot, le Marquis de Carabas (c'était le nom qu'il lui prit en gré de donner à son maître), m'a chargé de vous présenter de sa part.
Le docteur repartit.
Et la vielle dame frotta une seconde allumette : la lueur se projetait sur le murs de la chambre qui devint transparente. Derrière, la table était mise : elle était couverte d'une belle nappe blanche, sur laquelle brillait une superbe vaisselle de porcelaine. Au milieu, s'étalait une magnifique oie rôtie, entourée de compote de pommes, pas de haricot : et voilà que la bête se met en mouvement et, avec un couteau et une fourchette fixés dans sa poitrine, vient se présenter devant elle. Et puis plus rien : la flamme s'éteint.
- À non ! Alors,je vais souffler, souffler, et votre maison s'envolera ! La vielle dame se gonfla les joues, souffla, souffla de toutes ses forces, et la maison s'envola. - Voilà, lui dit-elle, les clefs des deux grands garde-meubles, voilà celles de la vaisselle d'or et d'argent qui ne sert pas tous les jours, voilà celles de mes coffres-forts, où est mon or et mon argent, celles des coffrets où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c'est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l'appartement bas : ouvrez tout, allez partout, mais pour ce petit cabinet, je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte, que s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. Le tour de la vieille fée étant venu, elle dit en branlant la tête, encore plus de dépit que de vieillesse, que la princesse se percerait la main d'un fuseau, et qu'elle en mourrait. Ce terrible don fit frémir toute la compagnie, et il n'y eut personne qui ne pleurât. Dans ce moment la jeune fée sortit de derrière la tapisserie, et dit tout haut ces paroles : «Rassurez-vous, roi et reine, votre fille n'en mourra pas : il est vrai que je n'ai pas assez de puissance pour défaire entièrement ce que mon ancienne a fait. Lancelot se percera la main d'un fuseau ; mais au lieu d'en mourir, il tombera seulement dans un profond sommeil qui durera cent ans, au bout desquels le fils d'un roi viendra le réveiller. La jeune fée aurait attendri un rocher, belle et affligée comme elle était ; mais Barbe Bleue avait le coeur plus dur qu'un rocher : «Il faut mourir, Madame, lui dit-il, et tout à l'heure.»
- Puisqu'il faut mourir, répondit-elle, en le regardant, les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu.
«Je voudrais bien... je voudrais bien...» Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever. Sa marraine, qui était fée, lui dit : «Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ? «Hélas oui» dit Cendrillon en soupirant. «Hé bien, seras-tu bonne fille ?» dit sa marraine, je t'y ferai aller. Elle la mena dans sa chambre, et lui dit : «Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille.»
- Lancelot !
- «Je vous donne un quart d'heure», reprit Barbe Bleue, «mais pas un moment de plus.». Cette réponse fit trembler la reine de rage et de jalousie. Elle jura que Blanche neige mourrait, dut-elle mourir elle-même.
- Cesse de te lamenter ! dit la vieille ; ça ne te servira à rien ! De bon matin, Grethel fut chargée de remplir la grande marmite d'eau et d'allumer le feu.
- Nous allons d'abord faire la pâte, dit la sorcière. J'ai déjà fait chauffer le four et préparé ce qu'il faut. Elle poussa la pauvre Grethel vers le four, d'où sortaient de grandes flammes. Elle alla ensuite dans son cabinet secret et prépara une pomme empoisonnée. Celle-ci était belle et appétissante. Cependant, il suffisait d'en manger un petit morceau pour mourir.
- Faufile-toi dedans ! ordonna-t-elle, et vois s'il est assez chaud pour la cuisson. Elle avait l'intention de fermer le four quand la petite y serait pour la faire rôtir. Elle voulait la manger, elle aussi. Mais Grethel devina son projet et dit :
- Je ne sais comment faire , comment entre-t-on dans ce four ?
- Petite oie, dit la sorcière, l'ouverture est assez grande, vois, je pourrais y entrer moi-même. Et elle y passa la tête. Alors Grethel la poussa vivement dans le four, claqua la porte et mit le verrou. La sorcière se mit à hurler épouvantablement. Mais Grethel s'en alla et cette épouvantable sorcière n'eut plus qu'à rôtir.
La reine se maquilla, s'habilla en paysanne et partit pour le pays des sept nains. Arrivée à la maisonnette, elle frappa à la porte.
- Je ne peux laisser entrer personne, on me l'a défendu, dit Blanche neige.
- J'aurais pourtant bien aimé ne pas remporter mes pommes, dit la paysanne. Regarde comme elles sont belles. Goûtes-en une.
- Non, répondit Blanche neige, je n'ose pas.
Lorsqu'elle fut seule, elle appela sa soeur, et lui dit : «Ma soeur Anne (car elle s'appelait ainsi), monte, je te prie, sur le haut de la tour, pour voir si mes frères ne viennent point ; ils m'ont promis qu'ils viendraient me voir aujourd'hui, et si tu les vois, fais-leur signe de se hâter.»
La soeur Anne monta sur le haut de la tour, et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : «Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?»
- Dieux du ciel ! Est-ce que je rêve ? Pourtant, c’est bien Pinocchio que je vois là-bas!
- C’est vraiment Pinocchio ! cria Polichinelle à son tour.
- C’est tout à fait lui ! renchérit madame Rosaura dont la tête passa à travers le décor.
- C’est Pinocchio ! C’est Pinocchio ! reprirent en choeur toutes les marionnettes surgissant des coulisses.
C’est Pinocchio ! C’est notre frère à tous ! Vive Pinocchio !
- Pinocchio, viens-là ! cria Arlequin. Viens te jeter dans les bras de tes frères en bois !
Cette affectueuse invite fit bondir Pinocchio hors de son siège. D’un saut, il fut dans les premiers rangs. Un autre saut le propulsa sur la tête du chef d’orchestre et, de là, il arriva directement sur la scène.
Difficile d’imaginer la débauche de marques d’amitié que lui témoigna, dans le plus grand désordre, toute la troupe de ce théâtre végétal : ce furent des embrassades, des étreintes, des joyeux petits pinçons de complicité, de tendres frottements de museaux que seule une fraternité sincère et réelle peut inspirer.
Il n’y a pas à dire : le spectacle était émouvant. Pourtant le public, voyant que la comédie n’avançait plus, s’impatienta et se mit à crier :
- La suite ! La suite !
La vielle dame prend une troisième allumette, et elle se voit transportée près d'un arbre de Noël, splendide. Sur ses branches vertes, brillaient mille bougies de couleurs : de tous côtés, pendait une foule de merveilles. La dame étendit la main pour saisir la moins belle ; l'allumette s'éteint. L'arbre semble monter vers le ciel et ses bougies deviennent des étoiles ; il y en a une qui se détache et qui redescend vers la terre, laissant une traînée de feu. «Voilà quelqu'un qui va mourir» se dit elle. Sa vieille grand-mère, le seul être qui l'avait aimée et chérie, et qui était morte il n'y avait pas si longtemps, lui avait dit que lorsqu'on voit une étoile qui file, d'un autre côté une âme monte vers le paradis. L'ogre monta donc à tâtons à la chambre de ses filles et s'approcha du lit où étaient les petits garçons, qui dormaient tous excepté le petit Poucet, qui eut bien peur lorsqu'il sentit la main de l'ogre qui lui tâtait la tête, comme il avait tâté celles de tous ses frères. Là, il sentit les couronnes d'or : «Vraiment, dit-il, j'allais faire là un bel ouvrage ; je vois bien que j'ai trop bu hier soir.» Il alla ensuite au lit de ses filles où, ayant senti les petits bonnets des garçons : «Ah ! les voilà, dit-il, nos gaillards ! travaillons hardiment.» En disant ces mots, il coupa sans hésiter la gorge à ses sept filles. Fort content de ce coup, il alla se recoucher auprès de sa femme. Aussitôt que le petit Poucet entendit ronfler l'ogre, il réveilla ses frères, et leur dit de s'habiller promptement et de le suivre. Ils descendirent doucement dans le jardin, et sautèrent par-dessus les murailles.
«Je voudrais bien... je voudrais bien...» Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever.»
- Lancelot !
Elle frotta encore une allumette : une grande clarté se répandit et, devant l'enfant, se tenait la vieille grand-mère. - Grand-mère, s'écria-t-elle, grand-mère, emmène-moi. Oh! tu vas me quitter quand l'allumette sera éteinte : tu t'évanouiras comme le poêle si chaud, le superbe rôti d'oie, le splendide arbre de Noël. Reste, je te prie, ou emporte-moi.
- Maintenant, Madame, il faut arrêter ! Il y a une forte odeur de brûlé qui passe sous la porte. Je ne sais pas ce que vous bricolez mais c'est dangereux !
- D'accord, mettez la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et venez vous coucher avec moi...
- Quoi ?
- Alors le petit chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit :
- «ma mère-grand, que vous avez de grands bras ?»
- «S'il vous plaît, madame, ouvrez la porte !»
- «c'est pour mieux t'embrasser, ma fille»
- «ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ?»
- «c'est pour mieux courir, mon enfant»
- «Madame, ouvrez ! Quelque chose brûle dans votre chambre !»
- «ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ?»
- «c'est pour mieux écouter, mon enfant»
- «ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ?»
- «c'est pour mieux voir, mon enfant.»
- «ma mère-grand, que vous avez de grandes dents ?»
- «c'est pour te manger. Et en disant ces mots, ce méchant loup se jeta sur le petit chaperon rouge, et la mangea»
- «Madame, s'il vous plaît, dégagez la porte ! Laissez nous entrer. Quelque chose brûle dans votre chambre. J'ai vraiment peur que cela ne provoque un accident !»
- Et la soeur Anne lui répondait : «Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l'herbe qui verdoie.» L'étonnement des deux soeurs fut grand, mais plus grand encore quand Cendrillon tira de sa poche l'autre petite pantoufle qu'elle mit à son pied. Là-dessus arriva la marraine, deux brancardiers et l'infirmière en chef qui, ayant donné, les uns, des coups d'épaule dans la porte, l'autre un coup de sa baguette sur les habits de Cendrillon, les fit devenir encore plus magnifiques que tous les autres. Alors ses deux soeurs la reconnurent pour la belle dame qu'elles avaient vue au bal. Elles se jetèrent à ses pieds pour lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu'elles lui avaient fait souffrir.
- Hein ! Hein ! Vous avez entendu, vous autres : «Elles se jetèrent à ses pieds pour lui demander pardon» Hein ! Vous seriez incapables d'une telle délicatesse !
- Ouvrez cette porte, maintenant ! Ça suffit !
Cendrillon les releva, et leur dit, en les embrassant, qu'elle leur pardonnait de bon coeur, et qu'elle les priait de l'aimer bien toujours. On la mena chez le jeune prince, parée comme elle était et on appela deux autres brancardiers pour forcer la porte (elle a du mettre le feu à son lit !) : il la trouva encore plus belle que jamais, et peu de jours après il l'épousa. Enfin l'heureux jour arriva, on partit, et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu'elle put ; lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer. Sa marraine, qui la vit toute en pleurs, lui demanda ce qu'elle avait : «Je voudrais bien... je voudrais bien...» Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever. Sa marraine, qui était fée, lui dit : «Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ? «Hélas oui» dit Cendrillon en soupirant. «Hé bien, seras-tu bonne fille ?» dit sa marraine, je t'y ferai aller. Elle la mena dans sa chambre, et lui dit : «Va dans le jardin et apporte-moi une citrouille.»
- Lancelot ! Non !
Cendrillon alla aussitôt cueillir la plus belle qu'elle put trouver, et la porta à sa marraine, ne pouvant deviner comment cette citrouille pourrait la faire aller au bal. Sa marraine la creusa, et n'ayant laissé que l'écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout doré.
- Dans ce pays béni, il n’y a rien à apprendre. Ici, le jeudi est un jour de congé. Eh bien, dans ce pays, la semaine se compose de six jeudis, plus le dimanche. Les grandes vacances commencent le Premier de l’An et finissent à la Saint-Sylvestre. Voilà un pays qui me convient parfaitement ! Tous les pays civilisés devraient lui ressembler. On joue, on s’amuse du matin au soir. Le soir, on va au lit, et le lendemain matin, on recommence. Qu’en dis-tu ?
- Hum ! fit Pinocchio avec un mouvement de tête approbateur qui semblait dire : «C’est une vie que je mènerais volontiers, moi aussi».
- Alors, tu viens ou pas ? Décide-toi !
- Non, non, non et non ! J’ai promis à la Fée d’être un bon garçon et de tenir mes promesses. D’ailleurs, je vois que le soleil se couche. Je te laisse et je file. Adieu et bon voyage ! Leurs jambes plièrent et ils se retrouvèrent par terre à marcher sur les mains et sur les genoux. Et alors qu’ils faisaient ainsi le tour de la pièce, leurs bras se transformèrent en pattes, leurs visages s’allongèrent pour devenir museaux et leurs dos se couvrirent d’un pelage gris clair tacheté de noir. Pourtant, savez-vous quel moment fut le plus dur pour ces deux malheureux ? Le moment le plus dur, le plus humiliant pour eux, ce fut quand ils sentirent leur pousser une queue. Ensuite elle alla regarder dans sa souricière, où elle trouva six souris toutes en vie ; elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souricière, et à chaque souris qui sortait, elle lui donnait un coup de sa baguette, et la souris était aussitôt changée en un beau cheval ; ce qui fit un bel attelage de six chevaux, d'un beau gris de souris pommelé. Comme elle était en peine de quoi elle ferait un cocher : «Je vais voir, dit Cendrillon, s'il n'y a point quelque rat dans la ratière, nous en ferons un cocher.»
La porte de la chambre put enfin être enfoncée. Dans la chambre, les fenêtres étaient grande ouvertes et, effectivement, le lit était en flamme.
- «Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?»
- «Je vois», répondit la soeur Anne, «une grosse poussière qui vient de ce côté-ci.»
- «Sont-ce mes frères ?»
- «Hélas ! non, ma soeur, c'est un troupeau de moutons.»
Les brancardiers arrivèrent vite avec des extincteurs et l'incendie redouté n'alla pas plus loin.
- «Ne veux-tu pas descendre ?» criait la Barbe bleue.
- «Encore un moment», répondait la vielle dame ; et puis elle riait : «Celui qui était caché dans la grande horloge a dit à la maman chèvre que c'est le loup qui a mangé ses six frères et soeurs, mais que lui, il était trop bien caché, avec Lancelot, dans la grande horloge !
- «Mais Anne, ma soeur Anne, ne vois-tu toujours rien venir ?
- «Je vois», répondit-elle, «deux cavaliers qui sont venus de ce côté-ci, avec des extincteurs, mais ils sont bien loin encore.
- «Dieu soit loué», s'écria-t-elle un moment après, «ce sont mes frères ; je leur fais signe tant que je puis de se hâter.»
- «Tu as raison», dit sa marraine «va voir.» Cendrillon lui apporta la ratière, où il y avait trois gros rats. La fée en prit un d'entre les trois, et l'ayant touché, il fut changé en un gros cocher, qui avait une des plus belles moustaches qu'on ait jamais vues. Ensuite elle lui dit : «Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière l'arrosoir, apporte-les-moi.» Elle ne les eut pas plus tôt apportés, que la marraine les changea en six laquais, qui montèrent aussitôt derrière le carrosse avec leurs habits chamarrés, avec des haricots dans les poches, et qui s'y tenaient accrochés, comme s'ils n'eussent fait autre chose toute leur vie.
«A ce cri, le roi mit la tête à la portière, et, reconnaissant le chat qui lui avait apporté tant de fois du gibier, il ordonna à ses gardes qu'on allât vite au secours de Monsieur le Marquis de Carabas. Pendant qu'on retirait le pauvre marquis de la rivière, le chat s'approcha du carrosse, et dit au roi que dans le temps que son maître se baignait, il était venu des voleurs qui avaient emporté ses habits, quoiqu'il eût crié au voleur de toute ses forces et ayant rencontré des paysans qui fauchaient un pré, il leur dit : «Bonnes gens qui fauchez, si vous ne dites au roi que le pré que vous fauchez appartient à Monsieur le Marquis de Carabas, vous serez tous hachés menu comme chair à pâté.»
La fée dit alors à Cendrillon : «Hé bien, voilà de quoi aller au bal, n'es-tu pas bien aise ? «Oui, mais est-ce que j'irai comme ça avec mes vilains habits ?» Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en même temps la vielle dame fut installée dans une autre chambre et ses habits furent changés en des habits de drap d'or et d'argent tout chamarrés de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde ; le petit Poucet, s'étant approché de l'ogre, lui retira doucement les bottes, et les mit aussitôt. Les bottes étaient bien grandes et bien larges ; mais comme elles étaient magiques, elles avaient le don de s'agrandir et de se rapetisser selon la jambe de celui qui les chaussait, de sorte qu'elles se trouvèrent aussi justes à ses pieds et à ses jambes que si elles avaient été faites pour lui. Il alla droit à la maison de l'ogre où il trouva sa femme qui pleurait auprès de ses filles égorgées.
Les nains, émus, lui donnèrent le cercueil de cristal. Le prince le fit porter à dos d'homme jusqu'à son palais. Chemin faisant, un des porteurs trébucha et la secousse fut telle que le morceau de pomme resté dans la gorge de la jeune fille en sortit. Elle ouvrit les yeux, souleva le couvercle du cercueil, et regardant autour d'elle, dit :
- où suis-je ?
Tout joyeux, le prince lui répondit :
- Tu es en sécurité avec moi. Je t'aime plus que tout au monde, viens au palais du roi, mon père et je t'épouserai.
Blanche neige consentit avec joie. Leurs noces furent célébrées avec une splendeur et une magnificence dignes de leur bonheur.
Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse ; mais sa marraine lui recommanda instamment de ne pas dépasser minuit, l'avertissant que si elle demeurait au bal un moment de plus, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards, et que ses vieux habits reprendraient leur première forme. Elle promit à sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit et qu'elle ne mettrait plus le feu au lit, et que maintenant : «chut» ; Lancelot doit faire sa sieste. «Sésame, ouvre toi !» Est ce que je peux avoir du chocolat chaud ?
- Non, répondit-elle, ce serait trop lourd pour le canard. Nous traverserons l'un après l'autre. La bonne petite bête les mena ainsi à bon port. Quand ils eurent donc passé l'eau sans dommage, ils s'aperçurent au bout de quelque temps que la forêt leur devenait de plus en plus familière. Finalement, ils virent au loin la maison de leur père. Ils se mirent à courir, se ruèrent dans la chambre de leurs parents et sautèrent au cou de leur père. Ce soir, il y aura de la purée, avec du rôti de porc. Avant, il y aura de la soupe. J'aime bien ça, moi, la soupe... Mais Attention ! Pas au potiron ! «Hein !» L'homme n'avait plus eu une seule minute de bonheur depuis qu'il avait abandonné ses enfants dans la forêt. Sa femme était morte. Après, il y aura soit de la compote de pomme, soit un flan. Moi, je préfère la compote de pomme. Grethel secoua son tablier et les perles et les diamants roulèrent à travers la chambre. Hansel en sortit d'autres de ses poches, par poignées. C'en était fini des soucis. Ils vécurent heureux tous ensembles.

[RETOUR]